Phénomènes G.G. de La Cie Arscénic
Direction musicale de K de G
Music Hall Grand-Guignolesque


Ce spectacle s’inspire du Théâtre du Grand-Guignol, théâtre de rire, d’Ă©pouvante et de carnage du dĂ©but du siècle

À la Passementerie, jusqu'au 21 décembre, Arscénic compagnie réanime le "music hall grandguignolesque", un théâtre dont l'alchimie réside précisément dans le mélange de la peur et du rire. Les personnages, unis par les liens du sang ou du mariage, aliénés par des forces mortifères, se livrent sous nos yeux à des opérations de l'esprit malin ou autres mutilations bien massacrantes. Ils sont tous de poignants panachages de sadisme et d'innocence (le petit monstre en vélo quatre roues, la maman suicidaire, la grand-mère nymphomane éventrée...), incarnations terrifiantes de la folie, du vice et de tout le saint-bataclan. Comme ils allaient ovationner l'ironie fine de Sacha Guitry, les bourgeois aimaient à se faire peur, en assistant à ces séances de ténèbres infernales, au début du XXe siècle. Aujourd'hui, le Grand Guignol est tombé dans l'oubli, dévoré par les effets cinéma, lesquels ont gravement démystifié les terreurs d'antan. Il fallait ainsi savoir jongler avec la parodie et l'horreur pour mettre en scène et jouer ce spectacle. La compagnie Arscénic y parvient, et Phénomènes G.G. (entendez "Grand Guignol") n'est pas un pâle avatar d'un courant tombé en désuétude, mais bien un pari audacieux de remettre ce théâtre au goût du jour.

La Theatrotheque.com a rencontré Sarah Koudlansky, assistante à la mise en scène du spectacle. Titulaire d'une maîtrise de lettres, elle se passionne pour le "Grand Guignol". Entretien.

 A quand remonte la naissance du théâtre grandguignolesque ?

Sarah Koudlansky : Ce théâtre est né dans les années 1870, impasse Chapta , dans le quartier de Pigalle. Oscar Métayer dirigeait le théâtre Grand Guignol, initialement destiné à encanailler les bourgeois, qui venaient défaillir de peur à la vue de scènes d'horreur.

 De quelles "horreurs" s'agissait-il ?

S.K. : Le "Grand Guignol" était un théâtre qui se voulait avant tout réaliste. Il évoquait l'univers des prostituées, des apaches, des hôpitaux psychiatriques, des savants fous, mais aussi des innovations technologiques, telles le train ou le téléphone. Il se nourrissait de tous les mythes capables de terroriser le bourgeois de l'époque, de tout ce qui symbolisait l'inquiétante étrangeté dans la culture populaire.

 Quelles Ă©taient les rĂ©actions du public ?

S.K. : Le succès d'une pièce se mesurait alors au nombre d'évanouissements dans la salle ! L'effet du "Grand Guignol" était cathartique, dans la mesure où les spectateurs expulsaient leurs angoisses de mort, leurs psychoses en tous genres. Ils venaient pour avoir peur !

 Quand cet engouement pour le "Grand Guignol" a t-il cessĂ© ?

S.K. : Après la seconde Guerre mondiale, la réalité avait pris le pas sur les fantasmes, tant sur le plan des horreurs perpétrées que sur l'essor technologique sans précédent. Les effets cinématographiques poussés ont, par exemple, joué un rôle essentiel dans le déclin du jeu très expressionniste du "Grand Guignol".

Joseph Agostini




Phénomènes G.G. de La Cie Arscénic
Du 20/11/2001 au 21/12/2001
20 h 30 du mardi au samedi.

La Passementerie
80, rue de Villiers-de-l'Isle-Adam
75020 PARIS (MĂ©tro Gambetta)